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 interview de Marius Trésor

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AuteurMessage
marko
Président de la FIFA


Messages : 4487
Date d'inscription : 01/06/2008

MessageSujet: interview de Marius Trésor   Jeu 20 Oct - 1:22

quelques extraits . il semble bien déçu par les orientations actuelles du football

Pendant plus de dix ans Marius Trésor aura été un des meilleurs défenseur du monde, tout en restant toujours, sur et en dehors des terrains, un exemple de fair play, d'humilité et de gentillesse. Depuis Bordeaux où il est au contact des jeunes girondins, le meilleur libéro de l'histoire du football français compare non sans émotion ni nostalgie le football des années 70-80 à celui des années 2010.

- depuis votre région bordelaise où vous faites partie du staff technique des Girondins, vous arrive-t-il souvent de repenser à vos heures de gloire, à Maracana 1977, Argentina 78, Séville 82... ?

De temps en temps, avec Patrick Battiston, on en parle entre nous. On se demande si tel ou tel joueur aurait eu sa place à notre époque... Mais je revis surtout ces moments là à travers le regard des autres car les gens m'en parlent énormément. Pour eux, c'est comme si c'était hier ! Pour moi... je n'aime pas vivre avec le passé. Je vis autre chose au contact des jeunes à qui on essaie d'inculquer des valeurs. Et ce n'est pas évident.

- Vous avez plus l'âme d'un formateur que d'un entraîneur ?

Je ne suis pas assez ambitieux pour être entraîneur, un rôle où vous êtes sans cesse à la merci des joueurs. S'ils veulent bosser tout va bien mais s'ils ne veulent pas, ils peuvent vous carrer (sic) ! On a déjà vu ça aux Girondins pas plus tard que cette saison ! J'ai beaucoup trimé sur un terrain pour faire carrière et une fois celle-ci terminée, je n'ai pas voulu me prendre la tête. Je me suis plutôt mis au service des jeunes.

- En parlant avec vous, on ne peut pas s'empêcher de repenser à ces images qui défilent dans nos têtes depuis des années, ce match de Séville plus particulièrement qui aura marqué toute une génération en 1982. Est-ce un bon souvenir pour vous ?

Non, ça l'aurait été si on s'était qualifié pour la finale.

- Quelle leçon avez-vous tiré de cette élimination ?

Si le match s'était déroulé dans des conditions normales, je pense qu'on se serait qualifié. Sachant que nous avions éliminé la Hollande, jamais de la vie la FIFA n'aurait du confier ce match à un arbitre néerlandais. Ils avaient la possibilité de nommer un arbitre portugais, pourquoi ont-ils choisi M. Corver ? A partir de là, toutes les décisions nous ont été défavorables jusqu'à l'agression de Battiston par Schumacher qui méritait un penalty et un carton rouge et qui a finalement débouché sur une sortie de but pour les Allemands ! A ce moment là, le foot français pesait moins qu'aujourd'hui et il était plus valorisant d'avoir une finale Allemagne-Italie.

- Que pensez-vous du foot professionnel d'aujourd'hui ?

Avant, les dirigeants menaient le débat, dirigeaient leurs clubs comme ils l'entendaient, aujourd'hui le pouvoir, c'est les joueurs qui l'ont. L'arrivée des agents dont certains n'ont qu'un seul objectif, faire de l'argent, a pourri le milieu et dénaturé la relation entre le joueur et son club. Ce qui est arrivé en Afrique du Sud avec l'équipe de France est symptomatique de cette évolution. Les joueurs sont les maîtres du jeu et font ce qu'ils veulent.

- Ce n'était pas encore le cas à votre époque ?

Lorsque j'ai débuté ma carrière, en signant pro, un joueur était lié à son club jusqu'à 35 ans. Il y a eu ensuite l'arrivée du contrat à temps. On a beaucoup subi... mais aujourd'hui ils en profitent bien. Tant mieux pour eux mais je regrette encore ce spectacle donné en Afrique du Sud. Je pense comme Michel Platini qu'il aurait fallu punir plus sévèrement les meneurs.

- Vous avez formé avec Jean Pierre Adams , ce qu'on a appelé la "garde noire", en précurseurs de ce qu'allait devenir l'équipe de France dans les années 2000...

jamais nous n'abordions notre statut sous l'angle de nos origines comme on le fait depuis la Coupe du monde 1998 avec le slogan "black-blanc-beur". Si on jouait en équipe de France c'est parce qu'on le méritait et c'était la seule chose qui comptait. Je n'ai pas souvenir qu'on ait parlé de ça entre nous ou que le débat ait été lancé. Notre seul plaisir était de jouer et de donner du plaisir à ceux qui venaient nous voir.

- Aujourd'hui, beaucoup de footeux viennent des quartiers !

Quartiers, campagnes... on n'appréhendait pas le foot sous cet angle. On était des joueurs professionnels, point à la ligne. Je pense surtout que la société n'était pas aussi tordue que maintenant.

- Ressentez-vous cette évolution aussi avec les jeunes girondins ?

Il nous faut insister de plus en plus sur des valeurs qui nous paraissaient aller de soi il n'y a pas si longtemps. Beaucoup jouent les cadors et pensent que parce qu'ils peuvent se permettre des choses uniquement parce qu'ils sont aux Girondins de Bordeaux. Ils e croient déjà arrivés. On est obligé de les recadrer, leur dire que le chemin est encore long. Je suis aussi frappé par leurs motivations plus centrées sur le niveau de vie des footballeurs qu'ils voient à la télé, leurs voitures, leurs maisons... que sur le football à proprement parlé. J'ai peur qu'ils veuillent faire ce métier pour les mauvaises raisons.

Aimeriez-vous être pro aujourd'hui?

J'ai eu la chance de jouer à une époque où le football me permettait des choses que je ne pourrais plus faire aujourd'hui. Et qui m'allaient très bien ! J'avais une certaine décontraction. J'étais tout le temps en train de tacler, je jouais avec les chaussettes en bas, avec le maillot sur le short... Et malgré ça, je n'ai pris que deux cartons jaunes dans toute ma carrière ! Aujourd'hui, je n'aurais pas fini la moitié de ces matchs là. Les arbitres ne font plus la part des choses et se laissent abuser par des attaquants qui se roulent au sol avant de courir comme des lapins trente secondes plus tard. J'ai horreur des tricheurs et j'ai l'impression qu'il y en a de plus en plus, des joueurs qui font le même métier que toi mais qui ne se gêneront pas pour t'entuber s'ils le peuvent. Je n'ai jamais blessé personne, je respectais mes adversaires parce que je pensais qu'ils avaient eux aussi une famille, des gosses, et une carrière à faire. J'ai toujours réfléchi à ce je faisais. Je suis nostalgique du foot des années 70-80 . On en parle parfois avec Battiston. On se demande si on prendrait autant de plaisir... tellement de choses ont changé.
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